Doru

L'histoire

Doru Lathraea :
les prémices de med(h)yo

— Péripétie d'une germination —

* Ripisylve

La forêt riveraine rivulaire ou ripisylve  ( étymologiquement du latin ripa, « rive » et silva, « forêt ») est l’ensemble des formations boisées, buissonnantes et herbacées présentes sur les rives d’un cours d’eau, d’une rivière ou d’un fleuve, la notion de rive désignant le bord du lit mineur (ou encore lit ordinaire, hors crues) du cours d’eau.

DÓRU est la racine indo-européenne désignant l’arbre.

0 - Préambule - Doru

Doru, c’est une installation artistique dans une ripisylve ayant pour but d’aider à la constitution d’un système racinaire. Cette structure est entièrement conçue de manière biodégradable, car c’est en se désagrégeant qu’elle va agir pour cet écosystème, en semant et disséminant une nouvelle biodiversité.
Cette structure est aussi un moyen pour parler d’espace et d’espèces que l’on considère que peu. 

 

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1 - Au bord de la Garonne

 

Au départ de ce projet, il existe donc ce paysage atypique devant lequel je passais souvent mais qui disparaissait de mon champs de vision. Un espace en contre-bas d’une rue passante, pas forcement visible au premier abord un peu oublié depuis au moins une décennie. Un petit coin qui donne sur la Garonne.

La Garonne prend sa source dans les Pyrénées. Dès lors, les changements de saisons, les intempéries, en somme l’impact climatique se fait ressentir dans toute la vallée, et dans les villes qu’elle traverse. 

Ce fleuve fut longtemps à la fois un ennemi de l’homme, dans le Midi-Pyrénées et notamment dans sa zone toulousaine, tout autant qu’une richesse. Les crues et les aléas de cette dame engendraient souvent des dégâts au sein des cités… (en témoignent les images de la crue de 1875). La modernité n’a alors eu de cesse que de vouloir maîtriser ce fleuve décrit comme sauvage et imprévisible. Elle y est en partie parvenue aujourd’hui.

 

La Garonne a deux lits, et il n’est pas rare qu’elle sorte du premier pour rejoindre le deuxième.  Sur ce lit majeur, une juxtaposition de territoires se retrouve parfois submergée, agissant comme des zones tampons, ils protègent le reste du bassin. Parmi toutes les formes de milieu, il existe des zones humides et boisées. Ils représentent un interstice, territoire de la diversité. Ces entre-deux sont des ripisylves.

La ripisylve est donc un foret sur une rive, zone de transition entre le lit mineur et le majeur d’un cours d’eau

Par le passé, ces territoires jouaient un rôle économique. Ils étaient entretenus par la vie humaine et animale. Les agriculteurs utilisaient le gros bois pour le chauffage et laissaient parfois même pacager les bovins. En somme, ces milieux étaient inscrits dans une perturbation permanente, mais qui respectait l’écosystème ; ces territoires correspondaient à l’idée du satoyama*, un environnement modifié, changé par l’homme dans une optique de préservation. 

Au fil des années, les constructions se densifiant, la vie agricole se mécanisant, ces espaces ont été réduits à leur taille minimum (privilégiant les espaces de culture, et les coupes à blanc). Les territoires restants ont été laissés en friche. Les cours d’eau ont été canalisés, drainés, et de ce fait les zones ripariennes ont subi de profondes modifications. 

Aujourd’hui, les ripisylves sont devenues des espaces sans histoire, des lieux oubliés, délaissés, des embâcles. Ils sont là, mais ne sont plus visibles…

Les arbres avec temps sont devenus grands, ils ont pris beaucoup de place sur la rive, mais désormais malades, tombent et meurent. Dans leurs chutes, les pestes vertes comme les renouées, les bambous, prennent du terrain. 

La nouvelle génération d’arbre et d’arbuste comme les frênes, ou les aulnes ont du mal à s’installer. Les troués de lumières (crée par la chute des vieux arbres) favorise l’installation des ronces. De plus, la zone si riche de la ripisylve recueille désormais les déchets anthropiques jetés derrière les barrières de sécurités en bord de route, ou bien en amont du fleuve. 

Ces territoires représentent un enjeu pour la diversité, mais notre méconnaissance à leur propos les rend invisibles à notre regard.

2 - Rencontre avec un territoire

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La flore de ce territoire joue un rôle majeur dans le paysage de la Garonne. Outre son rôle de zone tampon lors des crues, cet espace est un refuge écologique. Il assure les fonctions d’habitat terrestre et aquatique, de source de nourriture, c’est aussi un brise-vent. La ripisylve est un territoire qui génère de multiples alliances.

La ripisylve joue un rôle aussi grâce à ce qui nous est invisible : son système racinaire. En effet, c’est sa flore qui permet de maintenir le sol, et ce faisant, stabilise les berges. La diversité et l’équilibre entre les différentes espèces sont la condition sine qua non à la pérennité du sol. Ainsi un déséquilibre fort, une surabondance herbacée par exemple peut par exemple, laisser la berge être creusé par le dessous, et s’écrouler par pans entiers.

De plus, cet entrelacs est un véritable filtre, il protège la qualité de l’eau, traitant les polluants, les engrais.

 

La flore

Cet espace est une interface vivante. Elle fait le lien entre deux territoires, l’eau et le sol, mais aussi entre deux mondes, celui de l’holocène*, ce monde de refuge, et territoire plus anthropique, humanisé, avec ses zones urbaines. Elle est un interstice invisible.

Plus spécifiquement, la flore de ripisylve s’organise sur plusieurs niveaux, et plusieurs strates (mais aussi entre ces espaces).

→ Le pied de berge et zone de balancement des eaux : territoire herbacé et arbustif, souvent submergé au cours de l’année.

→ Le Talus de berge et la zone inondable, espace où cohabite zone arborescente, arbustive et herbacée (sureaux, viorne…)

→ Une haute berge : territoire plutôt arborescent (frêne, aulne, orme, saule…)

(La répartition de ces territoires étant non homogène.)

 

La ripisylve est donc un des territoires qui en peu d’espace expriment quantité de rôles. Classé aujourd’hui en zone Natura 2000, il est nécessaire de les protéger. Désormais sans identité propre et ils sont considérés comme des friches et bien souvent laissés tels quels.

La ripisylve est donc un de ces espaces refuges que l’on doit aider à subsister. C’est donc ici que la première expérimentation Med(h)yo a commencé. Ce lieu spécifique est devenu le point de départ du projet Doru Lathraea.

CONSTITUTION D’UN HERBIER

Pour en savoir plus sur la flore de rypisylve 

3 - Construction à partir du territoire

Dóru s’inscrit dans ce contexte et a pour but de reconstituer un système racinaire qui permettra à la rive de jouer à nouveau son rôle.  L’idée a alors été d’imaginer un mobilier, qui une fois mis en place au cœur de l’écosystème, sèmera les premières années des plantes vivaces qui nourriront le sol et créeront un humus propice à l’installation des arbustes. Puis dans sa désagrégation, il nourrira les espèces nouvellement installées comme les frênes et les saules. 

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